10 septembre, lac de Sainte Croix. Immense…

Mise à l’eau 7h30, sortie 15h15.
17km de nage, 51 cumulés.
Température de l’eau 21°C.
Mistral en rafales, ciel voilé qui se dégage.

Nelly :
Une étape très longue qui m’en a paru plusieurs. Départ dans les gorges, l’eau est tiède, l’air frais. Autour de moi des grottes, des falaises. Je repense à toutes ces populations qui sont passées et on vécu là, toutes ces tranches de l’humanité si différentes. Mais la notre est un véritable grand-écart. Je replonge la tête sous l’eau pour la fendre et tracer droit jusqu’au premier rendez-vous radio. Là, autour de moi, des mouettes rieuses effectuent un drôle de balai, elles plongent en piqué, frôlent l’eau et remontent. On dirait des hirondelles. Puis je comprends. Autour de moi des éphémères sont en train de déployer leurs ailes après toute une vie sous l’eau, et les mouettes s’en nourrissent. Un imago naufragé monte sur ma bouée et jouera la figure de proue sur mon thermos durant toute la traversée !
Je fais du longe-côte et le mistral rajoute un peu de piquant à mon rythme de nage : j’avance vite, j’ai le souci de ne pas prendre de retard sur notre schéma horaire et m’arrête seulement toutes les heures, voir moins. La visibilité est bonne et je croise un brochet qui doit bien faire 1,20m. Magnifique !
Le dernier tiers du trajet devient vraiment difficile. J’effectue un très large détour pour contourner une régate. Je fatigue et décroche totalement du « blabla intérieur ». Il n’y a plus que la nage et j’avance avec une régularité de métronome, chaque geste me coûte un peu plus. J’ai beau changer de musiques dans ma tête, cette astuce pour me raccrocher au « concret » ne fonctionne plus et je perds de ma lucidité. Sortie de l’eau je regarde encore ce lac immense, étape culminante du challenge. Shootée de fatigue, contente. Je l’aime. Je suis arrivée dans une forme à 4 sur 5, je repars à 1 sur 5.

Bruno : A l’aube, Nelly remonte volontairement le grand canyon du Verdon pour ensuite redescendre sur le lac : plus de 2km se cumulent dans ce détour dédié aux images.
Au matin je suis coincé dans une battue. Un magnifique chevreuil mâle, moribond, écumant et langue pendante se jette sur ma voiture, traqué par des hommes en gilet orange. Le contraste est saisissant : Nelly nage pour la vie pendant que d’autres la tyrannisent.
A la sortie le rendez-vous est loupé par incompréhension sur le point exact. Nous devons impérativement revoir le protocole radio pour éviter toute incompréhension.